Ateliers > L'art comme outil politique des autochtones dans les Amériques

L'ART COMME OUTIL POLITIQUE DES AUTOCHTONES DANS LES AMÉRIQUES 

Jeudi 15 juin de 9h00 à 11h00  

Palais Hirsch, Salle des colloques 

Organisation : Aurélie Journée-Duez (LAS - EHESS) et Morgana Herrera (CRIAL - Université Sorbonne Nouvelle)

Argumentaire

Face à l’intérêt grandissant depuis les sciences humaines et sociales mais aussi depuis les institutions muséales et au sein du marché de l’art pour les créations autochtones, cet atelier propose de revenir sur le potentiel politique des pratiques et productions artistiques autochtones dans les Amériques à l’époque contemporaine. Partageant du Nord au Sud une histoire similaire de colonisation caractérisée à la fois par la marginalisation et l’assimilation, confrontés aujourd’hui pour nombre d’entre eux à la multiplication de projets extractivistes qui s'implantent sur leurs territoires et qui affectent leur quotidien, sans que leur avis ne soit nécessairement consulté malgré le droit international (Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, 2007 ; Convention 169 de l'OIT), des hommes et des femmes autochtones s’organisent et se mobilisent pour leur reconnaissance comme citoyen.nes à part entière ou pour leur droit à l’autodétermination. Pour faire connaître leurs luttes et faire entendre leurs voix, l'art, grâce à sa propension à donner à voir l'inconnu et révéler l'invisible, apparaît comme une caisse de résonance ou arme redoutable. Si les revendications des différents peuples autochtones du continent se font souvent écho, la façon de mobiliser la pratique artistique et le type d’acteur qui l’emploie varie plus nettement selon les contextes. Ainsi, contre l'oléoduc Dakota Access Pipeline (DAPL) dans le Dakota du Nord, ou Trans Mountain de Kinder Morgan en Colombie-Britannique, ce sont les femmes autochtones dans les réserves ou les villes qui se sont particulièrement insurgées autour du mot d’ordre de « notre corps, notre territoire », la sérigraphie, la performance et la photographie étant alors des médiums largement convoqués, notamment dans des espaces dédiés (art tent ; Tiny Houses Warrior). Pour rendre compte de l’oubli du génocide indigène dans l’exploitation du caoutchouc à la fin du XIXe-début XXe, de nombreux artistes d’Amazonie péruvienne ont transmis par la peinture figurative les témoignages des membres de leur famille qui avaient survécu au massacre. Dans le contexte particulier de la Bolivie d’Evo Morales où des artistes aymaras ont bénéficié d’un soutien officiel, ce sont les problématiques liées spécifiquement à l’Amazonie qui ont été invisibilisées. Comment l’art est-il convoqué par des acteurs autochtones au service de leurs revendications ? La circulation et réception de ces œuvres d’art ont-t-elles un impact dans la prise en compte de leurs réclamations ? Que permet la pratique artistique par rapport à d’autres actions de lutte ? À travers des exemples concrets, cet atelier entend analyser et interroger les liens qui unissent l'art et le politique dans les revendications autochtones contemporaines dans une perspective transaméricaine qui recoupe des contextes historiques, culturels et socioéconomiques extrêmement variés.

Intervenant.e.s

• Coralie Morand (Lesc - Erea) - Théâtre rituel et intérêts politiques : la Moronka - Chabela Ju comme instrument militant chez les Ixil du Guatemala

• Fabrice Le Corguillé (HCTI - Université de Bretagne Occidentale) - Kent Monkman ou la tricksterisation des normes picturales occidentales

• Thibaut Cadiou (LCE - Université Lumière Lyon 2) - Peinture contemporaine, luttes politiques autochtones et imaginaires exotisants en Amazonie colombienne et péruvienne

• Laura Lema Silva (LCE - Université Lumière Lyon 2) et Élise Pic (CTAD - Université Paris Nanterre) - Sanaduría, les plantes de la médiation: implications politiques d’un projet muséographique

• Clarisse Tauléwali Da Silva (École Nationale Supérieure des Beaux Arts de Paris) et Taneyulime Ludwina Pilissi (Université de Lorraine) - Résister c’est exister. Perceptions et perspectives des pratiques artistiques et culturelles amérindiennes kalin’a en Guyane

Discussion : Morgan Labar (École Supérieure d’Art d’Avignon)

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